Veillons au salut de l’Empire : l’hymne oublié de Napoléon

Moins connu que La Marseillaise ou Le Chant du départ, Veillons au salut de l’Empire occupe une place particulière dans la symbolique napoléonienne. Mais pourquoi l’Empereur choisit-il, en 1805, cette chanson extraite de l’opéra de Nicolas Dalayrac (Renaud d’Ast) ? Plongeons dans l’histoire de cet hymne méconnu, symbole d’une époque où la France se rêvait éternelle.

Bonaparte referme le chapitre de la Révolution

Le 2 décembre 1804, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, Napoléon Bonaparte referme officiellement le chapitre de la Révolution française en posant lui-même sur sa tête la couronne impériale. Pourtant, difficile d’effacer d’un trait de plume l’héritage de 1789. Aussi, le nouveau maître des Français doit-il trouver de nouveaux symboles pour rallier la population à ce régime à la fois héritier de la Révolution et en rupture avec la République.
Stratège avisé, Napoléon sait que la musique est un outil de cohésion, non seulement pour les soldats, mais aussi pour un peuple tout entier. N’appréciant guère La Marseillaise, qu’il juge trop marquée par les excès révolutionnaires, il cherche un hymne capable d’unir la nation, d’exalter le sacrifice tout en restant solennel et martial. Veillons au salut de l’Empire remplit toutes ces conditions. Le texte, appel à la vigilance et à l’union face aux menaces extérieures, contraste avec La Marseillaise, qui prône la révolte et l’insurrection. Lui, en revanche, se présente comme un serment de loyauté envers les nouvelles institutions.

Le chant de la Grande Armée

Bien que Veillons au salut de l’Empire devienne l’hymne officiel, Napoléon ne renonce pas pour autant au Chant du départ, hymne d’État composé en 1794 par Marie-Joseph Chénier et Étienne Méhul. La raison ? Ces deux chants sont complémentaires. Le premier, réservé aux grands événements, incarne la solennité impériale, tandis que le second, chant de guerre motivant et cher à la Grande Armée, reste celui des soldats.

Après la chute de Napoléon en 1815, Veillons au salut de l’Empire sombre dans l’oubli. La Restauration le bannit, et la IIIe République, en réhabilitant La Marseillaise comme hymne unique, achève de l’effacer des mémoires.

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