Allumer le feu sous Napoléon

Lorsque j’ai commencé à écrire mon premier roman policier historique : Le Regard du diable, je me suis trouvé confronté à un grand nombre de problèmes pour ancrer mes personnages dans un environnement crédible, car la vie que nous connaissons, au XXIe siècle, n’a plus grand-chose avoir avec celles de nos arrières-arrière-grands-parents.

La chandelle de suif ou de cire d'abeille fut longtemps l'un des seuls moyens de s'éclairer.

En effet, si aujourd’hui certains gestes nous semblent évidents : appuyer sur un interrupteur pour faire jaillir la lumière, gratter une allumette pour mettre le feu sous la casserole des pâtes ou tirer la chasse d’eau lorsque l’on va aux toilettes, comment faisait-on avant l’électricité et l’eau courante ?

Quand il ne sait pas, un auteur à plusieurs possibilités. Il peut inventer, rester très vague sur les détails ou faire des recherches sur ces sujets.

Comme j’étais déjà passionné par l’Histoire et plus particulièrement par celle du XIXe siècle (sinon je n’aurais pas écrit ce genre de romans), j’ai choisi cette dernière option.

Des objets et des pratiques disparus

En fouillant dans les livres et sur Internet, j’ai découvert des objets étranges, des anecdotes amusantes.

Je vous parlais de lumière, un peu plus haut, et bien justement, mon premier problème à résoudre se présenta lorsque mon personnage principal entra dans une pièce sombre et dut allumer une chandelle.
Comment s’y prendre, en sachant que les premières allumettes ne sont apparues que vers 1830/1840 ?

Allumage au vitriol

Certes, bien avant cela, des expériences avaient été réalisées pour créer des « allumettes auto-inflammables ». Il s’agissait, par exemple, de bâtonnets dont l’extrémité était enduite d’un mélange de Chlorate de potassium, de soufre et de quelques autres substances, qu’il fallait tremper dans l’acide sulfurique (vitriol) pour provoquer une ignition. Autant dire que le système n’eut pas un franc succès, car assez dangereux à mettre en œuvre.

Mais alors bon sang, comment faisaient-ils ?

Conserver la braise était l’une des méthodes les plus sûres pour avoir du feu

Eh bien il y avait deux méthodes principales pour faire naître le feu d’éclairage ou de chauffage. La plus évidente était de sauvegarder le feu. On gardait toujours dans l’âtre quelques braises que l’on entretenait religieusement. On pouvait aussi conserver une bougie allumée (chandelle de suif pour les pauvres ou de cire d’abeille pour les plus fortunés), mais cette dernière option était plus rare, car les bougies coûtaient cher.

Battre le briquet

Pour allumer le feu, on pouvait battre le briquet
Briquet en métal que l’on frappait contre un silex

Si par malheur on perdait le feu, si la chandelle était morte, comme dans la fameuse chanson, on devait aller chez l’ami Pierrot, plus consciencieux, pour lui emprunter sa « Lume » (je vais vous livrer une anecdote croustillante là-dessus à la fin de l’article).

Si toutes les tentatives pour rallumer la flamme avaient échoué, il ne restait plus qu’à battre le briquet. Les briquets de l’époque ressemblaient à un petit fer à cheval avec lequel on frappait un silex, tout près d’un morceau de coton carbonisé. Des étincelles jaillissaient du métal riche en carbone et produisaient une toute petite braise, sur le coton, qu’il fallait attiser en soufflant dessus. Ensuite, on enflammait un peu d’étoupe ou une sorte d’allumette constituée de copeaux de bois ou de papier roulé et l’on transférait la flamme vers la chandelle ou vers le petit bois de la cheminée.

Autour de ce rituel du feu, on trouvait de nombreux objets que je vous présenterai dans de prochains articles.

Je vous parlais, plus haut, d’une anecdote croustillante. Tous ceux qui ont des enfants leur ont, un jour ou l’autre, chanté la petite comptine : au clair de la lune. Tout d’abord, il faut savoir que, dans la version originale, celui qui frappe à la porte de l’ami Pierrot ne cherchait pas une plume, mais la Lume (terme qui désignait autrefois la lumière, voire la chandelle elle-même). Et aujourd’hui, à l’heure où la pudibonderie outrancière refait surface dans notre société, vous pourriez être poursuivis pour atteinte aux bonnes mœurs.
Eh oui, car la chanson a un double sens lubrique que je vous laisse imaginer : au clair de la lune… Prête-moi ta lume… ma chandelle est morte (eh oui, ça arrive aux meilleurs). Mais heureusement que chez la voisine, on bat le briquet (ce qui signifiait faire des galipettes).

Voici une vidéo sur Youtube qui explique comment battre le briquet.

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